Lorsque j'emménage à Bagnolet en 2008, je ne suis alors ni encartée ni membre d’une quelconque organisation politique. 
A partir de 2012, je me suis engagée parce que j’ai été tout d'abord le témoin d’un entrisme islamiste inquiétant sur ma ville, puis en tant qu'élue municipale, j'ai pu observer les agissements de militants décoloniaux pour conquérir les instances municipales.

Dès 2012, le maire PC avait ouvert les vannes au communautarisme et au groupuscules décoloniaux, la gabegie financière était sans limite et l’embauche de narcotrafiquants au sein de la ville était de notoriété publique. Je ne diffuse pas ces accusations par malveillance, tous ces faits sont factuels et documentés.

Concernant l’entrisme islamiste, le point d’orgue fut l’installation en 2013 d’une école coranique illégale avec 80 enfants déscolarisé de l’école de la république et installés dans des locaux municipaux. Une double illégalité. C’est grâce à la mobilisation d’une association citoyenne, au sein de laquelle j’ai été très active, que cette école a fini par partir.

Concernant les mouvances décoloniales, et ce sont celles qui nous intéressent plus spécifiquement dans le cadre de cette présentation, car il sera question d’assignation raciale, elles ont fait nid dans ma ville au point que Bagnolet est désormais surnommé « le laboratoire indigéniste » dans un article éloquent du Figaro Magazine.

On peut dater l’émergence officielle de cette mouvance au cœur de la municipalité au cours du dernier trimestre 2011, avec un évènement qui est passé sous les radars à l’époque mais qui est fondateur : le lancement, dans les locaux municipaux de ma ville de la tournée nationale du « Printemps des quartiers 2012 ».

Les têtes de pont de la pensée décoloniale, mais aussi des personnalités de l’islam politique rejoignent l’initiative : Houria Bouteldja (PIR), Tariq Ramadan, Marouane Mohamed (ex CCIF) et des militants de quartiers répondent présents. On y retrouve également des intellectuels, des journalistes ou des chercheurs tels que Alain Gresh ou Catherine Samary. Ils se feront le relais institutionnel et médiatique de ces thèses. Parallèlement, on voit émerger des écrits et des prises de paroles qui confortent et structure le mouvement décolonial qui se diffuse peu à peu au sein de la société.

Dans un article paru dans « dissidence » en novembre 2012 et qui fait suite aux propos de Sadri Khiari, l’un des fondateurs du MIR (mouvement des indigènes de la République), on retrouve le commentaire suivant :

1*« Parler de question raciale en France, c’est affirmer que le champ politique français est le lieu d’une lutte pour le pouvoir entre races » L’abrupt du propos pose la question raciale comme clé du politique et fixe comme objectif au PIR l’exercice d’un pouvoir politique indigène antithétique du pouvoir blanc. »

👉 En résumé :
le texte décrit une vision de la politique française comme un conflit de pouvoir entre groupes raciaux, et explique que le PIR doit se dresser face au pouvoir jugé “blanc” et instaurer un pouvoir “indigène”.

On ne peut être plus limpide quant aux objectifs et à l’agenda du mouvement décolonial et nous avons bien là, la matrice idéologique de ce que l’on nomme aujourd’hui le racialisme avec tout ce que cela comporte de fracture et de division vis-à-vis du pacte républicain. C’est une vision de la société segmentée par sa couleur de peau, par son ethnie, et aussi par extension par sa religion.

Il ne vous aura pas échappé ces derniers jours les prises de paroles de responsables politiques, députés de la république, qui se sont emparés de ces assignations de manière très choquante pour moi et j’en suis sûre pour la plus grande partie d’entre vous.

Danièle Obono, député LFI, à propos de la fête de l’huma : « un des problèmes, c’est que c’est encore aujourd’hui la fête de la gauche blanche »

Sébastien Delogu, un autre député LFI, qui met en avant l’opportunité que représente la candidature de son collègue « racisé » pour que « enfin, le réel peuple de France reprenne le pouvoir ».

Ces paroles auraient été unanimement dénoncées il y a encore peu de temps. C’est bien la preuve que la petite musique idéologique a fait son chemin et qu’elle a atteint l’un de ses objectifs les plus important : les décideurs politiques. Et ce, de l’échelle locale à l’échelle nationale. Les militants de terrain n’auront pas ménagé leurs efforts et les résultats ont été gagnants. La propagation s’est installée dans les espaces de pouvoir et déverrouille peu à peu le terrain idéologique, mais aussi les instances.

Voilà pour le volet « racialisme » que je considère être l’arme de destruction massive de notre pacte républicain, en cela que cette approche plante un glaive fatal au cœur de notre idéal universaliste.

On ne peut pas être à moitié universaliste, ou faire preuve de variable d’ajustement comme cela a été pathétiquement tenté sur le principe de laïcité avec des inventions du type « laïcité apaisée, ou laïcité inclusive ». Ca ne marche pas.

D’ailleurs ceux qui ont décidé de renverser la table et de piétiner notre héritage universaliste l’ont très bien intégré. Leur objectif n’est pas de contribuer à œuvrer pour l’intérêt général et pour creuser le sillon de notre identité républicaine, ils veulent se débarrasser de nos principes pour y installer leur logiciel décolonial. C’est une OPA sur notre modèle de société avec à la clé un asservissement et une main mise sur nos institutions, nos moyens et le dispositif global de gouvernance de notre pays. Voilà la finalité et l’objectif qui est en cours.  

Cet objectif, je l’ai vécu de manière tout à fait opérationnelle à l’échelle locale, à Bagnolet.

Parmi divers exemples locaux, je vais prendre celui du Front de mères, un syndicat de parents co-fondé par Fatima Ouassak :

Militante formée par Said Bouamama, cofondateur du PIR, elle crée en 2016 le Front de Mères, un syndicat de parents d’élèves destiné plus particulièrement aux quartiers populaires.

Jusqu’ici on ne peut que saluer l’initiative… jusqu’à ce qu’on lise le texte fondateur de ce nouveau syndicat (ecoutez bien car ce texte a disparu depuis. Probablement pour ne pas gêner la carrière de Mme Ouassak tellement les propos sont dérangeants)

« Parents noirs, arabes et musulmans, parents habitant les quartiers populaires, êtes-vous sereins quand vous confiez vos enfants à l’école le matin ?
Nos enfants apprennent très tôt la hiérarchisation raciale.
Nos enfants apprennent à l’école à avoir honte de ce qu’ils sont.
Cette manière dont l’école traite nos enfants n’est pas accidentelle. »

Il y en a trois pages comme cà.

Je terminerai par des extraits d’une autre tribune publiée dans la revue les assiégés en 2017 avec pour titre « l’école c’est la guerre ».

« la société française est hiérarchisée racialement, les Blancs font en sorte d’être privilégiés au détriment des non-blancs.
Ce système raciste n’épargne pas les enfants.
Même à la maternelle entre deux doudous et deux comptines, le système travaille à la hiérarchisation entre les Blancs et les non-blancs. »

Voilà pour le narratif racialiste. L’assignation raciale est exprimée sans filtre et elle est totalement assumée.

Passons maintenant à l’offensive politique. Car l’assignation qui transpire de ces propos a aussi pour ambition d’aller chercher des électeurs pour les municipales qui se dérouleront en 2020.

Main dans la main avec un haut fonctionnaire administrateur adjoint au Sénat, le rapprochement tactique se révèle. Fatima ouassak va soutenir la candidature d’Edouard Denouel qui n’est nullement dérangé par le fait de servir la république la journée pour mieux l’abîmer le reste du temps à Bagnolet avec ses alliés décoloniaux.

Comme l’avait demandé Eric Coquerel, député LFI, « il faut aller chercher les voix des quartiers populaires qui ont manqué à Jean-Luc Mélenchon ». Quoi de plus efficace que d’utiliser l’assignation avec un discours de victimisation qui touche la fibre sensible par excellence : les enfants, l’école, les parents.

C’est exactement le procédé qui a été déroulé dans ma ville et qui fut gagnant.

2020 : Edouard Denouel intègre la majorité municipale grâce à une alliance avec le PS et il est accompagné par des profils militants totalement acquis à la cause décoloniale.

Dans la foulée, quelques semaines plus tard, Fatima Ouassak obtiendra de la ville la jouissance d’un lieu de 900m2 pour y dérouler son narratif enrichie d’un volet écologiste avec l’association Alternatiba. La cause écologiste sera bien sûr formatée à la vision racialiste, comme le confirme Fatima Ouassak lors d’une interview pour la chaine YT « Au poste » : « l’écologie est trop blanche et bourgeoise ». (2*)

Ils ont donc un pied dans les instances municipales dès 2020 et cela aboutira très certainement par la prise totale de la ville aux prochaines municipales. Les moyens d’une ville de 35000 habitants seront bientôt aux mains d’une équipe qui portera certes l’écharpe républicaine mais pour y instaurer une vision qui aura mis l’universalisme à la poubelle. C’est-à-dire, à terme, l’effondrement de notre idéal républicain.

Bagnolet est un avant-poste de ce qui est en train de se dérouler dans toute la sphère politique de gauche plus spécifiquement, mais aussi au plus haut niveau de l’État.

En effet, la pensée s’est propagée et il ne faut pas s’étonner que le gouvernement avec la proposition du « haut-commissariat à la diversité et à la diaspora » tombe dans l’écueil du narratif décolonial. On constate avec affliction l’ampleur des dégâts avec un casting sélectionné pour leur couleur de peau ou pour leur propensions a refléter une soit disant communauté. On les assigne à représenter ceux qui leur ressemble.

Le cauchemar pour tous ceux qui sont attachés à notre héritage universaliste. La république ne reconnait qu’une seule communauté : la communauté nationale. Point.

Pour conclure, et à l’aune des assauts idéologiques qui sont à l’œuvre contre notre édifice républicain, il est urgent de comprendre que l’assignation, la segmentation exprimée notamment par des injonctions racialistes, et je rajouterai aussi le relativisme culturel qui en émane et que je n’ai pas eu le temps de développer, sont des armes de destruction massive de notre société une et indivisible. Nous ne pouvons détourner le regard, notre héritage universaliste nous oblige.

Pour ma part, je suis déjà rentré en résistance.

1 - https://dissidences.hypotheses.org/982
Sadri Khiari, « Nous avons besoin d’une stratégie décoloniale », in Race et capitalisme, p. 147.

2 - https://www.youtube.com/watch?v=Hj8j8V-JyEk
à 8:16 "personnes non-blanche ou racisées"