Un calendrier mémoriel au service de la rupture


L’appel au mouvement est lancé le 27 octobre 2011. Le choix de la date est hautement politique : il commémore la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois en 2005. En instrumentalisant ce drame en vue des présidentielles de 2012, les concepteurs du Printemps des Quartiers entendent s'appuyer sur le soulèvement des quartiers pour le transformer en un projet politique décolonial et racialiste. Quant aux organisateurs locaux — au premier rang desquels figurent Youcef Brakni et Neman Amraoui — ils trouvent dans l'accueil de cet événement une occasion inespérée de gagner leurs galons de militants à la table des "grands" de la mouvance.

Radicalité et convergences : la sphère d'influence se structure


Le Printemps des Quartiers a accueilli un rassemblement édifiant. Que ce soit à Bagnolet ou lors de la tournée qui a suivi (Lyon, Marseille, Saint-Denis, Mulhouse et Toulouse), les têtes d'affiche de l'indigénisme et de l'islamisme politique se sont succédé à la tribune, organisées selon trois pôles d'influence :

    • Le pôle proche des Frères musulmans : Tariq Ramadan, Nabil Ennasri, Omar Slaouti et Marouane Mohamed (CCIF)
    • Le pôle indigéniste et radical : Houria Bouteldja, Youcef Boussoumah et Saïd Bouamama (représentant le Parti des Indigènes de la République et le FUIQP).
    • Le pôle médiatico-militant : Alain Gresh et l'économiste Catherine Samary.

 

Le 31 mars 2012, quelques jours seulement après les massacres commis par Mohamed Merah (notamment l'attaque de l'école juive Ozar Hatorah), Houria Bouteldja, co-fondatrice du PIR, prend la parole à Bagnolet et déclare :

« Mohamed Merah c'est moi, et moi je suis lui. Nous sommes de la même origine mais surtout de la même condition. Nous sommes des sujets postcoloniaux. Nous sommes des indigènes de la République. »

En identifiant la jeunesse des quartiers à un terroriste au nom d'une prétendue « condition postcoloniale », les organisateurs ont scellé leur rupture avec le cadre républicain.

 

Une stratégie d'entrisme payante


Si cet événement a essaimé dans plusieurs villes, c'est à Bagnolet qu'il a laissé son empreinte la plus durable. Ce qui se jouait en 2012 n'était pas une simple conférence, mais la formation d'une relève militante. Aujourd'hui, Youcef Brakni et Neman Amraoui, alors jeunes organisateurs de ce "Printemps", sont installés au cœur du système politique local.

Youcef Brakni est devenu le conseiller et influenceur proche d'Edouard Denouel, haut fonctionnaire au Sénat, adjoint municipal et candidat à la mairie avec sa liste Bagnolet collectif. Neiman Amraoui a été nommé à la tête du service jeunesse de la ville de Bagnolet, une promotion faisant suite à l'entrée de la liste d'Edouard Denouel dans la majorité en 2020.

Ce qui était hier une offensive radicale en marge des institutions est devenu, à Bagnolet, une méthode de gouvernance. Il ne faut donc pas oublier les comportements inadmissibles de ces derniers, comme ici lors d'un conseil municipal en mars 2015, une scène que j'ai personnellement filmée en pleine instance républicaine. voir la vidéo